FABRICE HYBER

Né en 1961 à Luçon (France). Vit et travaille à Paris.

L’ensemble de l’œuvre de Fabrice Hyber est conçu sous la forme d’un gigantesque rhizome qui se développe sur un principe d’échos. En procédant par accumulations, hybridations, mutations, l’artiste opère de constants glissements entre des domaines extrêmement divers. Chaque œuvre n’est qu’une étape intermédiaire et évolutive de ce « work in progress » qui se répand comme une prolifération de la pensée, établissant des liens et des échanges qui donnent ensuite lieu à d’autres articulations. « Prothèse mentale qui prolonge la pensée par le corps » ou « entreprise mettant en réseau des individus, des idées et des savoir-faire », son œuvre répond à de multiples définitions.

Fabrice Hyber expose pour la première fois à Nantes en 1986 sous le titre Mutation. En 1989 naît d’une commande publique l’homme de Bessines, petit bonhomme vert de 86 cm de haut, personnage ordinaire basculant dans l’étrangeté extraterrestre. Installés sur le réseau d’eau de la commune, les hommes de Bessines font office de fontaine puisqu’ils crachent de l’eau par tous les orifices corporels qui informent le cerveau. Depuis 1989, les hommes de Bessines envahissent peu à peu des villes en France comme à l’étranger.

En 1991 l’artiste réalise traduction -  le plus gros savon du monde. Inscrit au Guinness des records, ce savon de 22 tonnes, moulé dans une benne de camion et présenté d’un centre Leclerc à l’autre est en quelque sorte l’auto-portrait de l’artiste : incernable, inclassifiable, il glisse sans cesse des mains. Il présentera la même année son premier POF, Touch carpet – pof n° 1.

Avec les POFs (Prototypes d’Objets en Fonctionnement) comme le Ballon carré – pof n° 65 ou Oto, la voiture à double tranchant – pof n° 87, ou encore la Balançoire – pof n° 3, l’artiste déplace la fonction originelle de quantités d’objets familiers empruntés à notre quotidien. Il modifie ainsi la conscience et la pratique que nous avons de ces objets puisque leurs formes nouvelles induisent et génèrent de nouveaux comportements. Les POFs, issus de dessins ou de tableaux rarement exposés, sont régulièrement « testés » par le public au cours d’expositions Testoo, At your own risk etc. Hyber les a également mis en scène avec les POF Cabaret.

En 1994, il créé UR (Unlimited Responsibility), SARL destinée à favoriser la production et les échanges de projets entre les artistes et les entreprises. Son objectif : valoriser les producteurs, traverser et rapprocher des territoires divers et surtout agir, faire.

Après avoir transformé en 1995 le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris en Hybermarché et installé l’année suivante un salon de coiffure professionnel au Centre Georges Pompidou à l’occasion de l’exposition Féminin/Masculin, Fabrice Hyber est choisi en 1997 pour représenter la France dans le cadre de la 47ème Biennale de Venise. Il en repartira avec le Lion d’or après avoir transformé le Pavillon Français en studio d’enregistrement et de diffusion d’émissions télévisées (Eau d’or, eau dort, odor).

Pour le passage à l’an 2000, il fait de l’un des monuments les plus solennels de Paris, l’Arc de Triomphe, le lieu d’ancrage d’un portail internet : inconnu.net. Le titre de l’œuvre fait référence non seulement au bâtiment qui l’abrite, mais également au système de pensée de l’artiste, pour qui le monde ne peut être appréhendé que comme un questionnement.

En 2001 Fabrice Hyber imagine à Tokyo le premier des C’hyber rallyes, le second aura lieu la même année à Vassivière en Limousin. En 2002 ce sera au tour de quelques trois cent parisiens de battre le pavé de la capitale pour le Paris C’hyber rallye organisé avec le Musée d’Art Moderne de la Ville. Passionné par les concepts de rhizome et de prolifération, l’artiste pense le C’hyber rallye comme une œuvre : un réseau d’échanges actifs et durables entre l’œuvre d’art, l’environnement et le public. En disséminant ses POFs dans la ville, Hyber partage avec les concurrents la vision qu’il en a et leur offre une possibilité de s’immerger de manière ludique et sensitive dans son univers.

2003 et 2004 sont deux années centrées autour de L’Artère – le jardin des dessins, œuvre pérenne, imaginée et créée par Hyber à la demande de l’association Sidaction, qui souhaitait commémorer les vingt années de la pandémie du sida. En choisissant de donner à ces années de lutte une visibilité généreuse, Fabrice Hyber a pensé l’Artère comme un anti-monument. Un sol ouvert, accessible à tous, gigantesque puzzle de 1001m2 constitué de quelques 10.000 carreaux de céramique, supports d’autant de dessins originaux de l’artiste, peints directement sur les pièces de céramique. Ce parterre étalé comme une peau en plein cœur du Parc de la Villette à Paris, reprend la forme du ruban rouge dénoué, ouvert sur l’avenir.

Nord-Sud est le titre de l’exposition proposée en 2005 par l’artiste au Frac des Pays de la Loire. Témoin de l’avancée de sa réflexion autour de l’aménagement de la vallée de son enfance, l’exposition reflète un processus initié en 1993. Après avoir semé dans le lieu plus de 70 000 arbres d’espèces variées, Hyber continue sur sa lancée en compagnie d’autres artistes invités à travailler autour des fonctions de la maison. En proposant à ces artistes et architectes de réfléchir avec lui à ces problématiques, Hyber poursuit son engagement de partage envers le public comme envers d’autres créateurs.
La même année, pour la Briqueterie de Ciry-le-Noble il provoque la capacité d’invention de deux professionnels de la terre cuite et défie les principes de fabrication en construisant une maison en terre de 2m50 de haut et 2 mètres de côté montée et cuite en un élément unique, comme une seule brique.

Toujours en 2005, Fabrice Hyber se retrouve partie prenante d’une aventure menée de front avec le chorégraphe Angelin Preljocaj. A la demande de celui-ci, Hyber s’associe à la création du ballet « Les 4 Saisons… »  musique de Antonio Vivaldi,  présentée en ouverture du festival de Montpellier Danse le 1er juillet. Assurant la « chaosgraphie », les décors et les costumes du ballet, l’artiste déroute Preljocaj et perturbe sa chorégraphie avec l’intrusion sur scène de nombreux POFs qui agissent comme autant d’interférences et modifient sa façon initiale d’envisager le mouvement.
Au même moment sont présentés à la Villa Arson sous le titre Météo une trentaine de tableaux préparatoires aux « 4 Saisons… », des installations, plusieurs POFs accompagnés de leur vidéo ainsi que différents costumes et décors réalisés par l’artiste pour le ballet.

En 2006 pour le Musée de Herzylia à Tel Aviv, Hyber choisit de mettre en avant l’acte fondateur de son travail, le dessin, et couvre le mur d’entrée du musée d’une aquarelle de 20m de long sur 4 de large ; Les Eclats. Il poursuit cette idée en présentant exclusivement un ensemble de tableaux et de dessins, accompagné de sa dernière peinture homéopathique à la Galerie Jérôme de Noirmont, Paris. Le thème de cette exposition personnelle est lié au pétrole, matière fascinante à plus d’un titre pour l’artiste qui s’est intéressé très tôt aux rapports d’échelles, aux rythmes biologiques et aux mécanismes d’influence.

Fabrice Hyber valorise le rôle de l’artiste comme réalisateur, entrepreneur et médiateur, toujours sur plusieurs projets à la fois, il multiplie ses œuvres en rhizomes, s’inspirant ainsi de la manière dont se développent les systèmes cellulaires de nombre d’organismes vivants, systèmes de flux irrigants, nourrissants, débordants…

En 2007 Hyber se voit confier la réalisation de la première sculpture contemporaine pérenne du Jardin du Luxembourg : Le Cri, l’écrit. Ce bronze polychrome de 3,70m de haut commémore l’abolition de l’esclavage. 
La même année, pour l’ouverture du Laboratoire, nouveau lieu parisien consacré à la confrontation et à l’association de l’Art et de la Science, Fabrice Hyber présente Matière à penser / Food for thought. Née de sa rencontre avec le professeur Robert Langer, cette exposition est le fruit d’un dialogue entre un artiste et un scientifique autour d’un sujet unique : la transformation des cellules souches et le contexte lié à leur développement.


Avec Seed and Grow Je s´aime à Tokyo en 2008 et Mishima en 2009, l´artiste sème des graines de fruits et de légumes dans chaque m2 libre dans la ville, afin d´expliquer l´accès de la nourriture dans une mégalopole, et transforme parallèlement le musée en laboratoire agricole. Ces productions citadines ont permis d´organiser de nombreuses réunions d´informations autour des oeuvres et de l´agriculture pendant les quelques mois des expositions.

En 2010, Hyber s´installe à l´Institut Pasteur, avec l´exposition Pasteur´Spirit. Il rentre ainsi au cœur du haut lieu des recherches biomédicales mondiales. L´exposition, qui mêle art et science, nous livre un mur de 7 mètres par 12 mètres couvert de tableaux nous parlant du désir d´immortalité. Il invente pour cette occasion le POF 147, une Balance à trois bras, à la recherche d´équilibres plutôt que de mesures.

La même année, Hyber présente en Russie Immortalités dans trois villes : Moscou, Nizhny-Novgorod et Krasnoyarsk, au cœur de la Sibérie. Il crée là-bas la version enfant de la Balance à trois bras, la Tri-seesaw.

En 2011, avec sa troisième exposition personnelle à la Galerie Jérôme de Noirmont, Inventions, du 9 septembre au 27 octobre, il nous invite à poursuivre son analyse des liens entre art et science.
La même année, il présente ses Monstres Divins, dans l´exposition collective Paris-Dehli-Bombay, au Centre Pompidou. Fruits des mutations subies par le croisement des sociétés françaises et indiennes, Hyber montre la réalité de la vie indienne, trafic d´organes, greffe, réincarnation, et nous transporte dans un futur où l´ADN sera à louer...
2011 c´est aussi un anniversaire ! L´Homme de Bessines fête déjà ses 20 ans... Pour l´occasion, l´artiste organise un événement dans le village désormais mondialement célèbre.

NOTE DE L’ARTISTE : À partir du 1er mai 2004, j’ai décidé, en pleine possession de mes moyens ; c’est à dire en pleine santé de supprimer le T de Hybert = Hyber Santé

                                                                                                                              Et voilà !